Pérols, La Pailletrice 2 – ZAC de l’Aéroport, Hérault (34)

Le site archéologique de la Pailletrice à Pérols

En 2004, une fouille archéologique, menée par Isabelle Daveau (Inrap), a été effectuée sur les parcelles voisines de l’emprise de la Pailletrice 2. Cette opération a mis au jour des fossés parcellaires, des enclos rectangulaires dont on ignore la fonction et l’attribution chronologique, mais aussi les vestiges de voiries de la période antique, dont la voie d’axe nord-est/sud ouest (VO3006), menant à l’agglomération de Lattara. Cette voie est longée par des enclos circulaires funéraires protohistoriques de la fin du premier âge du Fer. Cette observation a permis d’émettre l’hypothèse que le tracé de la voie ait repris un axe plus ancien. L’opération archéologique de la Pailletrice 2- ZAC du Parc de l’Aéroport s’inscrit donc dans la continuité de la fouille précédente.

Trois puits ont été mis au jour dans la partie nord de l’emprise de fouille. Ils sont comblés de manière similaire, mais seul le puits PT2032 a livré du mobilier datable du Bronze final IIb/IIIa. Nous pouvons donc penser, par leur proximité et la nature des comblements, qu’ils soient contemporains.

Une portion de l’ancien tracé (VO1062) a été découverte au sud et en parallèle à la voie antique VO1002 (dans la continuité de VO3006 de la fouille de 2004). Cette voie s’est implantée sur un ancien talweg rempli par un niveau de cailloutis tassé qui a livré seulement un fond d’une amphore massaliète produite entre 510 et 450 av. J.-C.

Le chemin protohistorique est longé par des enclos rectangulaires de dimensions assez semblables. Seul l’enclos ENQ2008 est situé au nord du chemin. Au sud, l’enclos ENQ3009 est isolé tandis que les trois autres sont regroupés, tout en ayant la même orientation, mais un enclos circulaire s’est implanté par-dessus. S’il n’y a pas de doute sur la fonction funéraire de l’enclos circulaire ENC3008 par la découverte d’esquilles d’os brûlé, de l’urne mais aussi par la similitude des enclos circulaires de la première tranche, il est tantôt plus difficile d’interpréter les structures rectangulaires, mais aussi leur datation. Rappelons qu’en 2004, les enclos sont restés sans explication à cause du médiocre état de conservation. Les comparaisons avec le site des Cauquillous à Montpellier et les enclos rectangulaires de la plaine du Vistre à Nîmes ainsi que la disposition des enclos le long de la voie, si nous regardons l’ensemble des deux parcelles fouillées, laissent supposer à une vocation funéraire de ces structures, entre le VIIe et le Ve siècle av. J.-C. Elles n’ont livré que très peu de mobilier, essentiellement céramique. Les fragments sont de facture protohistorique mais n’avons aucune forme qui permettent de les attribuer à une période particulière. Néanmoins, puisque l’enclos circulaire les coupe et est daté du VIe-Ve siècle av. J.-C., nous pouvons suggérer qu’ils soient antérieurs, probablement du VIIe ou VIe siècle av. J.-C.

L’unique enclos circulaire ENC3008 est assez différent des autres enclos de la fouille de 2004, La Pailletrice, par ses dimensions plus petites et son architecture. En effet, celui-ci est ouvert en direction de la voie et possède peut-être une cloison interne. Par contre, ce monument est aussi à vocation funéraire : des esquilles d’os brûlés accompagnés d’un vase probablement cinéraire ont été retrouvées dans le fossé de l’enclos. De même, une amphore massaliète devait être placée dans la fosse sépulcrale qui a complètement disparu. Cette structure est datée du VIe-Ve siècle av. J.-C. et contemporaine des enclos circulaires funéraires de la parcelle voisine de la Pailletrice.

L’enclos quadrangulaire ENQ3063 date de la période républicaine. Sa fonction est difficile à interpréter puisque n’est conservé qu’un angle. Néanmoins, nous pouvons supposer qu’il s’agisse encore d’un enclos funéraire comme sur le site de la Céreirède à Lattes, implanté le long de la voie. Aussi, un puits de la même période est implanté sur le chemin protohistorique et nous ne savons pas s’il est lié à l’enclos ENQ3063 ou à la voie VOI1002.

Les observations qui ont pu être faites sur la voie antique VO3006, de la Pailletrice, rejoignent parfaitement celles de la campagne de fouille de 2013 (VO1002). Si, de manière générale, le premier état de la voie suivi d’une réfection visant à l’installation du second état a été vu lors des deux campagnes de fouilles, l’opération de la Pailletrice 2 a permis d’enrichir certains points. Nous avons pu percevoir un nouveau niveau bien organisé qui a fonctionné directement après la réfection intervenue à la fin du Ier siècle av. J.-C. avec l’empreinte de deux séries d’ornières permettant une circulation à double sens sur cet axe qui mène à Lattara. La distance d’un mètre entre la bande de roulement central et les fossés bordiers ont mis en lumière la nécessité de déplacer le fossé bordier sud (FO1004) afin de respecter une distance visiblement bien définie. La fouille de la voie VO1002 a permis d’observer au moins trois états, de la fin du IIe siècle av. J.-C. au milieu du Ier siècle apr. J.-C.

Enfin, le nord de l’emprise a révélé un réseau de fossés parcellaires anciens. La voie VO1005, de la zone 1 de la Pailletrice, semble préfigurer l’organisation des fossés parcellaires de la Pailletrice 2. Lors de la fouille de 2004, il a été établi que l’installation des fossés parcellaires remonterait à la fin du Ier siècle avant J.-C. Or, sur le site de la Pailletrice 2, on rencontre du mobilier datant du IIe –Ier siècle avant J.-C. jusqu’à la fin du Ier siècle de notre ère dans les fossés mais aussi a été mis au jour un réseau plus ancien avec les fossés FO2092 et FO2041 qui ont une orientation différente et coupée par les fossés plus récents.

L’opération de la Pailletrice 2 a atteint certains objectifs et a permis de compléter les données de la première tranche de 2004. On perçoit que le secteur est resté une zone funéraire tout le long des âges du Fer, implanté le long des voies. Cette forme d’occupation du sol s’inscrit dans ce qu’on rencontre dans le contexte micro-régional dont les exemples sont nombreux. Enfin, une question reste en suspens : à 1,5 km seulement de l’emplacement de l’agglomération de Lattara, nous ne savons toujours pas si l’ensemble funéraire est lié à l’habitat de la Courgoulude/ Mas Rouge (au VIe-Ve) puis de Lattara.

F. Ruzzu

enclos quadrangulaire avant fouille enclos quadrangulaire avant fouille

Commune: Pérols
Adresse / lieu-dit: La Pailletrice
Canton / Département: Hérault (34)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 09/09 au 18/10/2013

Période(s) concernée(s): Préhistoire, Protohistoire, Antiquité

Nature de l’intervention:
Opération d’archéologie préventive en préalable à la construction d’une ZAC

Responsable d’opération: F. Ruzzu

Suivi scientifique: B. Ode (Drac-Sra Languedoc-Roussillon)

Aménageur: Société d’Équipement de la Région Montpelliéraine (S.E.R.M)

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