Alençon, La Providence (Orne, 61)

Etude de l’enceinte médiévale d’Alençon

L’opération de fouilles préventives réalisée en septembre 2014 à Alençon « Rue de l’Abreuvoir » (Orne) a porté sur une emprise de 3500 m² concernée par le projet d’aménagement du secteur de « la Providence-Berges de la Sarthe » conduit par la ville. Pour ce faire, quatre fenêtres exploratoires de fouilles ont été ouvertes à des emplacements prédéfinis en fonction des résultats du diagnostic archéologique mené en 2010 (F. Delahaye, Inrap) et de l’étude documentaire réalisée en amont de l’intervention sur le terrain (A. Dubois, Archeodunum).

La fouille a conduit a mis en évidence trois phases d’occupation comprises entre le Moyen Âge et la période contemporaine. Les principaux vestiges dégagés concernaient l’occupation médiévale du secteur. Cette dernière est représentée par une portion de l’enceinte urbaine constituée de plusieurs portions de courtines et de quatre tours identifiées dans l’ensemble des sondages ouverts. Ces fortifications forment un angle reliant le front sud, aménagé le long de la Sarthe, et le front est, vers la porte de Sées. Le dégagement partiel de ces vestiges en raison de la présence de la nappe alluviale, la rareté du mobilier et l’intervention par fenêtres, sans connexion entre elles, rendent difficile la mise en place d’un phasage précis. Néanmoins, plusieurs indices chronologiques, couplées aux résultats de l’étude documentaire, permettent d’établir une proposition de phasage pour cette occupation médiévale.

Dans un premier temps, le front sud du rempart est flanqué par la tour à base quadrangulaire (4,10 m de côté). Cette fortification est liée au rempart accolé au nord. Les portions de rempart dégagées à l’ouest de cette tour s’aligne parfaitement avec la courtine sur laquelle elle s’insère ce qui porte à croire que ces maçonneries sont de la même phase. Aucun mobilier archéologique ne permet de dater cette première phase de fortification. La typologie du plan employé pour la tour « carrée » la rapproche d’autres fortifications régionales conservées en élévation à Gisors, Fécamp et Caen, datées des XIIe-XIIIe s.

La seconde phase d’occupation concerne également la période médiévale. Il s’agit d’une nouvelle phase de fortification de l’enceinte urbaine dans ce secteur avec la mise en place de la tour circulaire retrouvée dans la fenêtre n° 3, sous les maçonneries d’une glacière du XIXe s. Cet ouvrage de flanquement s’insère dans le système défensif préexistant ce qui conduit à des reprises dans les maçonneries du mur de courtine. Un dépôt de céramique dans ce secteur permet d’affirmer que cet édifice était en place dans la période entre la fin du XIVe s. et le début du XVIe s. Concernant l’angle du rempart urbain dégagé dans la fenêtre n° 1, il n’est pas possible, en l’état actuel de nos connaissances, de rattacher ces vestiges à l’une ou l’autre des phases décrites. Du mobilier céramique daté entre le XIIIe s. et le début du XIVe s. a été retrouvé sous les fondations du mur de courtine orienté nord-sud, lequel semble relier les deux tours circulaires. Si la présence de la tour d’angle pouvait être pressentie avant le démarrage de l’opération, la découverte de la seconde fortification, se prolongeant sous la rue actuelle de la Poterne, a ouvert de nouvelles interrogations sur cette portion du rempart. En effet, il pourrait s’agir de la porte de la Poterne, une des cinq portes de la ville médiévale. L’emplacement de cette porte est connu grâce à deux documents d’archives : un plan de J. Le Queu réalisé dans les années 1770 (Arch. dép. Orne, 31 J 11/1), et un relevé de l’enceinte urbaine dressé en 1774 (Arch. nat., NIII Orne 18). Détruite en 1724 sur ordre royal (Arch. nat., Q1 879), elle est décrite comme une porte secondaire, ce qui explique son nom, réservée aux piétons et percée dans une tour circulaire. La proximité des deux tours conservées à l’est de l’emprise est surprenante et pourrait indiquer que ces ouvrages résultent de phases de construction différentes ; ou bien qu’ils sont les vestiges d’une porte monumentale plus imposante aménagée entre ces deux fortifications. Elle aurait ensuite été remplacée par la porte de la Poterne décrite à la fin du premier quart du XVIIIe s. Par la suite, le quartier poursuit son évolution. La déviation du bras de la Sarthe, dans les années 1780, au sud, et le démantèlement progressif de l’enceinte urbaine conduisent à une extension des aménagements sur l’ancien lit de la rivière. Les maçonneries du rempart en élévation supportent des constructions plus récentes. Une glacière aménagée au XIXe s. dans la partie basse de la tour circulaire de la fenêtre n° 3 illustre bien cette réutilisation de l’ancienne muraille. La construction de l’hôtel particulier du général Bonet et la construction de l’institut de « la Providence » ont alors fortement marqué le développement du quartier aux XIXe s. et XXe s.

Fabien BRIAND

Commune: Alençon
Adresse / lieu-dit: La Providence
Département / Canton : Orne (61)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 04/09/2014 au 26/09/2014

Période(s) concernée(s): Moyen-Age

Raison de l’intervention:
Construction d’un projet d’aménagement

Responsable d’opération: Fabien BRIAND
Suivi scientifique:
SRA Normandie
Aménageur: Mairie d’Alençon

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