Alise-Sainte-Reine / Alésia, théâtre (Côte d’or, 21)

Le théâtre d’Alésia. Résultats acquis au terme du programme triennal 2005-2007

 

Depuis 2004, le théâtre d’Alésia fait l’objet d’un programme de recherche répondant à une demande spécifique du Service régional de l’archéologie. Il vise à compléter la fouille et l’étude du théâtre d’Alésia, avant qu’il ne soit transformé par les travaux de mise en valeur prévus dans le cadre du futur Muséoparc. Ce programme a une vocation pédagogique en accueillant le chantier-école de l’Université de Bourgogne et les étudiants d’autres universités dans le cadre de stages conventionnés. L’année 2008 a été consacrée à des vérifications complémentaires sur le monument et surtout à la préparation de sa publication.

Trois axes de recherches principaux ont été définis : les occupations antérieures au théâtre, l’histoire de celui-ci, et son insertion dans le tissu de l’agglomération. Ce programme s’inscrit dans la continuité des nombreuses années de fouilles qui ont touché le monument depuis sa découverte en 1905.

La première activité anthropique attestée sur le site du théâtre est l’exploitation du substrat calcaire. Plusieurs fosses d’extraction partiellement dégagées entamant le rocher ont été mises en évidence au sud-est du site. Si aucun élément ne permet de dater cette exploitation, les comblements de ces creusements ont notamment livré du mobilier de LTC2 et LTD2b. Certaines de ces fosses, après leur comblement, ont été recreusées. La nature de ces réoccupations demeure encore difficile à préciser en raison de l’exiguïté des fenêtres d’observation.

Vers la fin du règne de Tibère est entrepris un vaste programme d’assainissement du site par l’aménagement d’une surface empierrée après décapage de l’humus. La découverte d’empierrements similaires en d’autres secteurs sur le plateau du Mont Auxois permet d’envisager un vaste projet urbanistique à l’échelle du site. Cette surface est entamée par de nombreux creusements circulaires ou linéaires, et par quelques trous de poteaux. Hormis quelques petits bâtiments quadrangulaires, la plupart de ces structures demeurent difficiles à interpréter.

Ces structures et les épandages de cailloutis sont remplacés vers la moitié du Ier s. apr. J.-C. par une nouvelle composition architecturale à la géométrie rigoureuse qui s’articule autour d’une esplanade de forme triangulaire mesurant près de 700 m2. Elle est bordée à l’est et à l’ouest par des trottoirs soigneusement aménagés, et au sud par l’une des rues desservant le centre de l’agglomération. Un long mur d’axe nord-sud, dont le tracé sera repris par le futur mur de scène du théâtre, complète vraisemblablement cette esplanade à l’ouest. L’espace intermédiaire est occupé par des terre-pleins soutenus par des murs de terrasse, ayant peut-être déjà pour fonction, à l’image du futur théâtre, d’accueillir un rassemblement de personnes.

Ces aménagements sont désaffectés par l’apport de remblais et par le creusement d’une tranchée curviligne relativement concentrique au mur périmétral du théâtre, mais dont le diamètre est légèrement inférieur. Si l’hypothèse d’un premier théâtre ne peut être définitivement abandonnée, l’absence de traces significatives de construction nous incite à considérer ce creusement comme le tracé abandonné d’un premier projet de théâtre.

La construction du théâtre intervient au début de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère, soit près d’une génération après l’aménagement du complexe organisé autour de l’esplanade triangulaire. On observe donc une succession des projets à un rythme soutenu. Cet édifice est muni d’une cavea de plan semi-circulaire outrepassé, caractéristique des monuments de type gallo-romain. Son diamètre de 82 m permet d’évaluer sa capacité à 5 000 personnes. Le dispositif scénique, s’avançant dans l’orchestra, consiste en une estrade de petites dimensions appuyée contre le mur de scène. Les accès sont constitués de couloirs latéraux, débouchant dans l’orchestra, et d’escaliers ou de rampes adossés à la cavea, desservant des couloirs rayonnants. À l’ouest, le théâtre est flanqué d’une vaste cour (porticus post scaenam).

Le théâtre se situe au cœur de l’agglomération antique où se concentrent les édifices civiques et religieux du centre monumental. Le forum se situe ainsi directement au nord-est du monument. Le théâtre est délimité au nord, au sud-ouest et au sud par des rues bordées d’îlots d’habitation. À l’ouest en revanche, le porticus post scaenam accolé au théâtre est prolongé par une vaste zone manifestement dépourvue de construction sur plus d’une cinquantaine de mètres, si l’on en croit les données géophysiques.

Dans le courant de la première moitié du IIe siècle, des faiblesses dans la structure de l’édifice ont manifestement conduit les Anciens à ajouter des contreforts contre le parement extérieur du mur périmétral. Ces transformations se sont toutefois avérées insuffisantes, car le monument est entièrement détruit à la fin du IIe siècle. Si de nombreuses observations ont confirmé la fragilité des maçonneries, on ne sait pas si cette destruction est accidentelle ou volontaire. Le théâtre est donc arasé jusqu’à ses fondations et reconstruit selon un plan identique. De nouveaux contreforts sont ajoutés à intervalle régulier à l’extérieur du monument.

Après la reconstruction du théâtre se développent des activités artisanales de manufacture du métal entre l’édifice et la rue méridionale, dans l’emprise d’une sorte de portique. Concernant l’abandon du monument, on ne peut proposer qu’une date approximative dans le courant du IVe siècle, faute d’arguments sérieux.

Un petit groupe de tombes à inhumation appartenant sans doute à une nécropole plus vaste a été découvert au sud-ouest du monument. Ces sépultures n’ont pas livré de mobilier permettant de préciser leur datation, mais la relative proximité de la basilique mérovingienne de Sainte-Reine, édifiée au Ve siècle apr. J.-C., en fait toutefois une piste privilégiée en l’absence d’autres arguments.

Alésia, théâtre. Vue aérienne en direction du sud-est de l'édifice durant la campagne de fouille 2004.

Alésia, théâtre. Vue aérienne en direction du sud-est de l’édifice durant la campagne de fouille 2004.

Commune: Alise-Sainte-Reine / Alésia
Adresse / lieu-dit: théâtre
Canton / Département: Côte d’Or (21)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 05-07-2004 au en cours

Période(s) concernée(s): Antiquité

Nature de l’intervention:
Opération d’archéologie préventive en préalable à la construction du centre d’interprétation du Muséoparc

Responsable d’opération: F. Eschbach, S. Freudiger, F. Meylan

Suivi scientifique: J.-O. Guilhot, E. Pigeot (Drac-Sra Bourgogne)

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