Anse, Chemin du Golf – Dame Blanche (Ain, 01)

De l’Antiquité au Haut-Moyen-âge à Anse

La fouille d’archéologie préventive conduite au lieu-dit Dame Blanche, à Anse, s’inscrit dans le cadre de la construction d’un lotissement composé de vingt maisons individuelles, et s’est déroulée du 06 avril au 03 juillet 2015. Le secteur de la Dame Blanche et de la Grange du Bief est connu depuis la fin du xixe siècle pour sa sensibilité archéologique, notamment après la découverte de plusieurs mosaïques témoignant de la présence d’une riche villa gallo-romaine. L’aménagement d’un nouveau lotissement (4500 m²) a donc donné lieu à des sondages de diagnostic réalisés par l’Inrap. Des vestiges pertinents ayant été identifiés, le Service régional de l’Archéologie (Drac Rhône-Alpes) a prescrit des fouilles dont les résultats dépassent de loin nos espérances quant à la connaissance de ce secteur.

Une première fréquentation du site est attestée dès la fin de la Préhistoire. Elle prend la forme d’épandages de silex et d’éléments résiduels, dont une pointe de flèche du Néolithique moyen, présents sur l’ensemble de la parcelle. L’occupation protohistorique est révélée par un ensemble de fosses-silo et un fossé qui font suite aux vestiges plus denses mis au jour sur la parcelle voisine par D. Frascone (2011). Le Bronze final est caractérisé à la Dame Blanche par une fosse et un silo. Le fossé découvert sur la parcelle voisine se poursuit et traverse l’emprise de fouille du sud vers le nord. Il est associé à des silos et un épandage qui livre un mobilier céramique daté du Hallstatt D. L’ensemble de ces structures vient confirmer une forte présence humaine dans ce secteur depuis la Préhistoire, même si elles ne permettent pas de situer avec précision l’épicentre des différentes occupations.

La villa, tout du moins pour la partie dégagée, est édifiée autour de l’année 136 apr. J.-C. Un four à chaux de très grandes dimensions témoigne de l’envergure des travaux nécessaires à l’édification de l’une des plus grandes villae de la Gaule romaine. Les pièces mises au jour sont dotées d’aménagements sommaires, qui orientent leur interprétation vers un secteur non noble de la villa (pars rustica). Au IIIe siècle, le secteur sud du site est nivelé à l’aide d’un mur de terrasse, et un bâtiment sur cave est édifié. Un petit balnéaire lui est adjoint, ainsi qu’un espace dévolu à des activités artisanales. L’association de ces différentes composantes pourrait indiquer qu’il s’agissait de la maison du procurator, le gestionnaire du domaine au service de son maître (dominus). Cet édifice pourrait également avoir joué le rôle de petite auberge située entre le domaine et la voie de l’Océan. La villa de la Grange du Bief est en grande partie abandonnée vers le milieu du ive siècle. Un incendie qui touche l’angle sud-est de la villa ainsi que le petit bâtiment sur cave témoigne de cette dynamique.

Le site n’est pas totalement abandonné puisqu’on assiste à l’érection d’un puissant édifice au milieu du IVe siècle dans la partie occidentale de la fouille. Si sa destination n’est pas connue avec certitude en raison de la faible surface explorée (grenier ? tour ?), il atteste toutefois d’une continuité de l’activité et pourrait témoigner a silencio qu’une partie de l’aile résidentielle de la villa est encore occupée. Signalons également que même si le fossé bordier de la villa est comblé, son tracé est conservé dans le paysage au Bas-Empire puisque ce dernier est transformé en chemin desservant le domaine. Le mur de terrasse F1006 est d’ailleurs reconstruit à cette occasion. Quelques décennies plus tard, un bâtiment sur poteaux plantés qui pourrait correspondre à un habitat est édifié le long de cet axe de circulation. Il semble contemporain de la réoccupation du bâtiment 200, qui fait appel aux mêmes techniques de construction. Elle se traduit par l’adjonction d’un édifice contre sa façade orientale. Divisé en au moins trois espaces, il semble dévolu à la pratique d’activités artisanales liées au feu comme en témoigne la présence de foyers, de fours, de fosses ateliers et la nature charbonneuse des niveaux d’occupation qui le caractérise.

Au début du Moyen Âge, les bâtiments antiques présents sur le site de la Dame Blanche sont désertés et l’occupation prend la forme d’un ensemble de cabanes excavées reliées entre elles par des palissades. Les structures sont datées entre le milieu du Ve et le milieu du VIe siècle et suivent une organisation stricte qui transparait à travers deux orientations qui dessinent les grandes lignes du village alto médiéval. Les bâtiments excavés se développent sur des surfaces importantes et présentent un plan à six poteaux, à l’exception d’une cabane à deux poteaux de petites dimensions. La puissance des pièces de bois qui les composent indique qu’ils se développaient en hauteur et qu’ils pourraient revêtir une fonction double, à la fois tournée vers la production et l’habitat. Des fosses ateliers, couvertes par une architecture légère, viennent compléter l’image d’un village du haut Moyen Âge qui semble tourné vers l’exploitation agricole et la production artisanale.

Cette première occupation alto médiévale est abandonnée rapidement, sans doute après deux à trois générations, et les bâtiments excavés sont incendiés ou démantelés. Dans le courant du vie siècle, une vaste opération de récupération des matériaux de la villa est mise en place, associée au creusement de fosses d’extraction de terre. Ces travaux vont permettre l’édification d’un nouveau domaine qui semble se déplacer vers le sud. Très arasé, il est caractérisé par un large mur de clôture au nord auquel est accolé un petit bâtiment agricole ou de service. Au sud, un chemin est mis en place le long duquel au moins deux bâtiments maçonnés vont être bâtis.

Benjamin CLEMENT

Bâtiment du IVe siècle
Vue d'un bâtiment excavé du haut Moyen-âge
Vue du four à chaux en cours de fouille

Commune: Anse
Adresse / lieu-dit: Chemin du Golf – Dame Blanche
Département / Canton : Ain (01)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 06/04/2015 au 03/07/2015

Période(s) concernée(s): Antiquité romaine ; Moyen-Age

Raison de l’intervention:
Construction d’un lotissement

Responsable d’opération: Benjamin CLEMENT
Suivi scientifique:
SRA Auvergne-Rhône-Alpes
Aménageur: Vincent Promotion

Carte