Clermont-Ferrand, 15 rue sous les Augustins (Puy-de-Dôme, 63)

Occupation antique et médiévale sous les Augustins à Clermont-Ferrand

Dans le cadre d’un projet immobilier, une fouille archéologique préventive a été réalisée aux 15 et 15bis rue sous les Augustins à Clermont-Ferrand. Celle-ci a été prescrite par le Service Régional de l’Archéologie Auvergne et réalisée par la société Archeodunum.

Malgré l’exiguïté du terrain, cette opération a permis de restituer un pan de l’histoire antique du versant nord de la butte d’Augustonemetum, au demeurant peu documenté, depuis la période augusto-tibérienne jusqu’au milieu du IIIe s. L’occupation de la parcelle est marquée principalement par la mise en place d’un élément de voirie d’orientation ouest-est, dont seul le bord méridional a pu être dégagé.

La chaussée primitive, installée directement sur le terrain naturel, est constituée, à l’image des rues antiques, d’un important radier surmonté de couches de pouzzolane et de basalte concassés et damés, constituant ainsi la surface de roulement. Elle est bordée au sud par un caniveau en bois. Quant aux abords directs de la chaussée, aucun aménagement tangible n’a été observé. Le mobilier retrouvé dans les différents niveaux de voirie ainsi que dans le comblement du caniveau permet, d’une part, de placer cette première occupation sous le règne de Tibère (années 20-30) et de fournir, d’autre part, des indices quant aux activités du quartier.

La présence d’un lot important de faune atteste ainsi la présence de boucheries et surtout de tanneries. L’existence de ces dernières est corroborée par la découverte de fragments d’amphores à alun de Lipari (îles éoliennes). Il n’est pas surprenant de retrouver ces éléments dans ce secteur marginal de la ville tant ces activités sont nuisibles et polluantes. Autour du milieu du Ier s. apr. J.-C., le réseau d’assainissement connaît une restructuration avec la mise en place d’égouts maçonnés branchés à un collecteur en bordure de la chaussée. Cette dernière est régulièrement entretenue avec l’apport de nouvelles recharges de pouzzolane et de basalte. Il faut attendre véritablement la fin du Ier s. apr. J.-C. pour voir apparaître une occupation tangible en bordure de l’artère.

Elle se caractérise par l’installation de deux fours dont la fonction reste indéterminée, faute d’éléments significatifs.

Jusqu’au début du IIe s., la voie continue d’être réaménagée avec l’installation de plusieurs recharges, dont les matériaux utilisés peuvent être variés : pouzzolane, basalte, restes de construction, déchets domestiques ou artisanaux, etc. Cette accumulation de recharges et de réparations en un temps assez court atteste une utilisation importante de cette artère à la fin du Ier s. et au début du siècle suivant.

Une canalisation en bois est par ailleurs installée dans la voie, ce qui peut indiquer la largeur totale de la chaussée si elle bien implantée au milieu de celle-ci (8,40 m). Mais la prudence s’impose quant à cette hypothèse.

Au cours du IIe s., les activités riveraines disparaissent et la dernière bande de roulement date de la fin de ce siècle, voire du début du siècle suivant. Un nouveau plan d’assainissement semble apparaître au milieu du IIIe s., avec la récupération du collecteur le long de la voie.

Cet épierrement laisse la place à une tranchée qui est rapidement comblée par des rejets d’origine domestique et artisanale. Un réservoir, construit en bordure de la chaussée, récolte les eaux de ruissellement qui sont ensuite évacuées vers le nord-est au moyen d’une canalisation en tuyaux de bois, dont l’installation a nécessité le percement de la voie. La présence d’un mur de soutènement atteste une terrasse que les nombreuses constructions postérieures ont complètement détruite.

La présence d’une grande quantité de mobiliers dans le comblement de la tranchée et du réservoir apporte des éléments sur les activités riveraines et confirme la présence de boucheries, de tanneries, d’ateliers de tabletteries dans le quartier. En définitive, la portion de chaussée mise au jour lors de cette opération semble constituer une artère urbaine importante correspondant très certainement au dernier decumanus de la ville. La découverte d’espaces funéraires plus au nord le confirme.

Après le recul de l’urbanisation durant l’Antiquité Tardive, il faut attendre la période médiévale pour assister à une réoccupation de ce secteur extra-muros. Il s’agit de restes de bâtiments à fonction indéterminée dont la chronologie demeure imprécise (Haut Moyen Âge/Moyen Âge central).

Une seconde série de construction est visible à la fin du Moyen Âge. Il semble qu’elle soit liée au couvent des sœurs mineures de Clermont, appelées sœurs de Sainte-Claire ou Clarisses. Ces bâtiments seront abandonnés au cours de la période Moderne. La reprise de l’urbanisme s’effectuera au XIXe s. avec la construction d’habitations liées à l’extension de la ville.

T. Silvino

Clermont-Ferrand. Vestiges d'un caniveau en bois daté des années 20-30 bordant la chaussée antique. Clermont-Ferrand. Vestiges d’un caniveau en bois daté des années 20-30 bordant la chaussée antique.

Commune: Clermont-Ferrand
Adresse / lieu-dit: 15 rue sous les Augustins
Canton / Département: Puy-de-Dôme (63)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 29-10-2009 au 18-12-2009

Période(s) concernée(s): Antiquité, Moyen-Âge

Nature de l’intervention: Opération de fouille préventive en préalable à un projet immobilier

Surface: 250 m²

Responsable d’opération: T. Silvino

Suivi scientifique: H. Dartevelle (Drac-Sra Auvergne)

Aménageur: SCIC Habitat

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