Feurs, rue de la Varenne, rue d’Assier (Loire, 42)

Dans le cadre du projet de réfection des voiries et de renouvellement des réseaux, dont la maîtrise d’ouvrage est assumée par la Ville de Feurs, une fouille d’archéologie préventive a été réalisée dans les rues d’Assier et de la Varenne à Feurs.

La zone fouillée se situe au nord-est du forum, à l’intérieur des îlots 1 et 3, délimités par les cardines I et II et les decumani A et B. L’état du gisement archéologique est partiellement connu grâce aux différentes opérations réalisées à proximité immédiate des insulae concernées. Les premiers témoignages de l’urbanisation de ce secteur, en particulier la mise en place de la trame urbaine régulière, remontent sans doute au règne de Tibère, mais cette opération n’a pas véritablement permis de caractériser ces niveaux précoces, car les niveaux les plus anciens mis au jour au sein de l’insula 1 ne sont pas antérieurs au règne des Flaviens.

La voirie et les îlots se développent sans interruption jusqu’au début du IIIe siècle apr. J.-C. L’absence de mobilier plus récent semble indiquer un abandon du quartier dans le courant du IIIe siècle apr. J.-C. Entre la fin de l’Antiquité et le Moyen Âge, ce secteur urbanisé est désaffecté et recouvert par d’épaisses couches de « terres noires » qui n’ont pas pu être datées.
Ce phénomène, encore difficile à apprécier, se rencontre dans de nombreuses autres agglomérations à partir de la fin de l’Antiquité.

Lors de cette intervention, de nouveaux tronçons du decumanus B et du cardo I ont été repérés. Ces observations confortent les résultats acquis lors des opérations précédentes et apportent de nouveaux éléments sur leur développement. La mise en place d’un radier de petits blocs, repéré dans la séquence de ces deux rues, constitue notamment un excellent jalon chronologique et témoigne peut-être d’un programme général de renouvellement des niveaux de chaussée à l’est du forum, initié à partir de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère.

Une modeste partie de l’organisation de l’îlot 1 – notamment les vestiges du dernier état d’occupation – ont été mis au jour lors de cette opération. L’insula, qui se divise manifestement en plusieurs unités parcellaires, est sans doute occupée au nord par une grande domus. Si le plan de cette demeure se laisse encore difficilement interpréter, en l’absence notamment de péristyle identifié, on dénombre de nombreuses pièces équipées de terrazzo et décorées de peintures murales.

Mais c’est sans doute la mosaïque du Rozier qui constitue le témoignage le plus emblématique du luxe de cette demeure. Ce pavement en échiquier aux dimensions remarquables, redécouvert et documenté pour la première fois en 1985, s’inscrit dans une série caractéristique de la tradition rhodanienne et peut être daté de la première moitié du IIIe siècle apr. J.-C.

Au sud de l’îlot 1, les vestiges mis au jour dans l’emprise de la rue de la Varenne se situent à proximité de la façade. Si les aménagements observés dans ce secteur paraissent un peu plus rudimentaires, l’exiguïté du sondage ne permet pas de conclure que cette partie de l’îlot était occupée par un habitat modeste.

Il est probable en effet qu’une partie des locaux qui ont été définis correspond à des boutiques se développant en front de l’insula. Le décor peint d’une petite pièce située à l’arrière de ces locaux a pu être reconstitué et daté de la seconde moitié du Ier siècle apr. J.-C. Il porte les traces de nombreux graffiti faisant référence à l’éducation classique, au savoir et à l’apprentissage de l’écriture, ainsi qu’à la navigation ou à sujet érotique.

À l’intérieur des niveaux les plus tardifs a été mis au jour le dépôt d’un vase contenant une monnaie. Les circonstances de son enfouissement, daté du IIe/IIIe siècle apr. J.-C., demeurent difficiles à expliquer, mais il pourrait s’agit d’un dépôt de fondation. Les autres îlots concernés par cette opération (2-4) n’ont été que trop ponctuellement touchés pour permettre d’appréhender leur organisation.

Les données recueillies à l’extrémité orientale de la rue de la Varenne repoussent les limites connues des secteurs bâtis se développant au sein de la trame urbaine, à l’est de l’agglomération. Il reste encore à déterminer la nature et la position exacte de la limite orientale de la trame urbaine au-delà des derniers îlots connus, marquant la transition avec le suburbium.

Feurs. L'angle sud-ouest de la mosaïque du Rozier dégagée en hiver 2009. Sa bordure est constituée d'une frise de rinceaux d'acanthe.

Feurs. L’angle sud-ouest de la mosaïque du Rozier dégagée en hiver 2009. Sa bordure est constituée d’une frise de rinceaux d’acanthe.

Commune: Feurs
Adresse / lieu-dit: rue de la Varenne, rue d’Assier
Canton / Département: Loire (42)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 02-02-2009 au 04-06-2009

Période(s) concernée(s): Antiquité

Nature de l’intervention: Opération de fouille préventive en préalable à la réfection des voiries et au renouvellement des réseaux

Surface: 260 m²

Responsable d’opération: S. Freudiger

Suivi scientifique: M.-A. Gaidon-Bunuel (Drac-Sra Rhône-Alpes)

Aménageur: Ville de Feurs

Carte