Le Puy-en-Velay, Les Reliades, Haute-Loire (43)

Gaulois et Romains au Puy-en-Velay

LES VELLAVES, CE PEUPLE MÉCONNU
Parmi les peuples gaulois, les Vellaves ne sont pas les plus connus : hormis leur nom, qu’ils ont transmis à l’actuel Velay, peu d’informations les concernant sont parvenues jusqu’à nous. Faute de documents écrits conséquents, les données archéologiques deviennent l’unique source historique : c’est tout l’intérêt de la fouille conduite au Puy-en-Velay (43), dans un département encore peu touché par les grands décapages archéologiques.

Situé entre deux anciens volcans, le secteur des « Reliades » témoigne de plus de 2000 ans d’exploitation agricole et d’aménagements paysagers qui ont été mis en évidence sur une surface de 3,6 ha : la construction de nombreux drains, de terrasses et de chemins a permis, dès la Protohistoire, de valoriser ce terrain à des fins agricoles.
La présence de trois bâtiments en pierres sèches, construits durant l’Antiquité romaine, participe également à la mise en culture de ce terroir.

Toutefois, le principal intérêt de cette fouille réside dans plusieurs secteurs ayant livré des vestiges funéraires. Une première petite nécropole s’installe dès l’époque gauloise, sans doute aux IIe-Ier siècles av. J.-C. Neuf sépultures à crémation ont ainsi été découvertes, caractérisées par un dépôt, en pleine terre, des résidus osseux tirés du bûcher. Peu de mobilier accompagnait les défunts : même les éléments de vaisselle sont rares, et l’on signalera surtout la présence de céramique campanienne importée d’Italie. L’une des sépultures a livré une fibule, tandis qu’une autre se démarque par la présence d’un fragment de bronze pouvant être attribué à un bassin ou un casque. L’étude en cours permettra de trancher entre les deux propositions, mais cet objet constitue, en tout état de cause, un marqueur de l’aristocratie gauloise.

L’ARCHITECTURE FUNÉRAIRE : ENTRE MONUMENTALITÉ ET PRÉCARITÉ
Après la conquête romaine, les aménagements prennent un caractère monumental : un podium (19 x 9 m) en pierres sèches est installé, autour duquel se développent des niveaux de sol et des sépultures à crémation. Il est tentant de considérer le podium comme l’aire de crémation proprement dite, même si la destruction de ses parties supérieures ne permet que des conjectures.

À quelques mètres, un autre aménagement monumental se développe : il s’agit d’un bassin réalisé en pierres sèches (12 x 12 m), qui pouvait contenir plus de 200 m3 d’eau. Sa fonction n’est pas encore déterminée avec exactitude, et l’on ne peut pas encore affirmer qu’il a un lien avec l’espace funéraire. Il lui semble toutefois contemporain puisque le mobilier mis au jour dans les couches liées à sa démolition est daté du règne de Tibère (+14/+37). Plus étonnant encore, un premier aménagement, de dimensions plus réduites, précédait ce grand bassin. Il s’agit cette fois d’un bassin rectangulaire (6 x 3 m), monté en pierres sèches, et dont le fond était tapissé d’un plancher en bois. Il n’est pas à exclure que cet aménagement a été mis en place dès l’époque gauloise, soit en même temps que les premières sépultures.
De nouveaux défunts sont enterrés sous le règne des Flaviens ou des Antonins (fin Ier-IIe s.). L’une de ces sépultures est marquée par la présence de quatre trous de poteaux délimitant un espace carré autour de l’urne, qui trahissent la présence d’un petit édicule marquant la sépulture. Cette architecture légère pourrait être considérée comme un mausolée, le caractère monumental en moins. Au-dessus de la sépulture, s’étalait un dépôt constitué de céramiques à boire, de lampes à huile et de clous de chaussure militaires, correspondant aux reliefs de la cérémonie funéraire donnée en l’honneur du défunt.

DES MONUMENTS FUNÉRAIRES : PAR QUI, POUR QUI ?
Ces différents aménagements, dans un cadre dominé par des vestiges d’exploitation agricole, posent question quant à leur nature : le caractère monumental du podium et du bassin, mais aussi les particularités de l’édicule en bois, indiquent un statut social dépassant largement celui du simple paysan. Toutefois, aucun habitat aristocratique n’ayant été mis en évidence, il faut se résoudre à envisager sa présence en dehors de l’emprise, dans un secteur épargné par les travaux. Il n’en demeure pas moins que cette fouille offre un nouveau regard sur la culture et les pratiques funéraires des Vellaves entre le IIe s. av. J.-C. et le IIe s. apr. J.-C., autant qu’elle ouvre sur de nombreuses questions.

Bertrand Bonaventure, avec la collaboration de  Marco Zabéo

Plan des bâtiments agricoles antiques

Plan des bâtiments agricoles antiques

Commune: Le Puy-en-Velay
Adresse / lieu-dit: Les Reliades
Canton / Département: Haute-Loire (43)
Pays: France

Période(s) concernée(s): Deuxième âge du Fer, Antiquité

Nature de l’intervention: RN 88 contournement de l’agglomération du Puy-en-Velay

Surface: 3,6 hectares

Responsable d’opération: Bertrand Bonaventure

Suivi scientifique: E. Nectoux (Drac-Sra Auvergne)

Aménageur: DREAL Auvergne

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