Mazan-l’Abbaye, L’Abbaye (Ardèche, 07)

Travaux sur l’aile ouest de l’abbaye cistercienne de Mazan

L’abbaye de Mazan est l’un des établissements religieux majeurs du sud-est de la France au XIIe siècle (fig. 1). Première abbaye cistercienne du Languedoc, fondée entre 1119 et 1123 par des moines de Bonnevaux, elle est à l’origine du rayonnement provençal de l’ordre avec entre autres la fondation des abbayes de Sénanque, du Thoronet, de Silvanes et de Bonneval. Relativement épargnée à la Révolution française, elle succomba en grande partie à l’appétit vorace en pierre de construction des villageois. Préservées dans un écrin de verdure, les ruines font l’objet de réhabilitation depuis le milieu des années 1960. La dernière campagne de restauration concerne l’aile occidentale de l’abbaye, conservée en élévation sur sa moitié nord grâce à sa transformation en maison d’habitation aux XIXe et XXe siècles. Dans le cadre de ces travaux, une série de sondages archéologiques et une étude de bâti ont été prescrits par la DRAC sur le bâtiment dit des convers (fig. 2). Cette campagne de fouille et de relevés a été confiée à la société Archeodunum SAS.

Figure 2 : façade occidentale du bâtiment des convers

Figure 3 : vue intérieure du bâtiment des convers avant intervention

D’une longueur estimée de 40 m pour une largeur de 9 m hors œuvre, l’édifice est couvert d’une voûte en berceau brisé culminant à 12 m du terrain naturel (fig. 3). Les différentes campagnes de restauration ont considérablement compliqué la lecture des parements. Toutefois, 4 phases ont pu être identifiées (fig. 4).

Figure 4 : relevé et phasage du parement interne du mur ouest du bâtiment des convers

Le bâtiment, prenant appui sur le mur sud de l’église abbatiale, est probablement construit dans la seconde moitié du XIIe siècle. La façade ouest devait être rythmée par une série de baies, dont le décor était limité à une moulure à cru ornant les arrêtes internes. Une porte a été percée dans l’angle nord-est, permettant l’accès à l’église (fig. 5). La typologie de cette dernière est très proche des deux portes de la façade occidentale de l’édifice cultuel (fig. 6). La porte latérale sud, donnant sur le bas-côté, a d’ailleurs été déportée vers le sud lors de la construction de la clôture et d’un bâtiment à l’ouest, qui pourrait être soit un bâtiment d’accueil, soit le bâtiment des convers. Le dégagement de la nouvelle porte a été aménagé dans l’épaisseur du mur gouttereau sud de l’église, permettant ainsi aux convers d’accéder à cette dernière à partir de la cour (fig. 7).

Figure 5 : vestiges de la porte nord-est du bâtiment des convers ouvrant sur la nef de l’église

Figure 6 : porte sud de la façade occidentale de l’église

Figure 7 : dégagement de la porte sud de l’église, aménagé dans l’épaisseur du mur sud de la nef

L’aile ouest fut en grande partie reconstruite à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle, avec de nouvelles baies, différentes des premières (absence de moulures, utilisation de tuf volcanique plutôt que du granit pour l’encadrement, jours en lancette moins hauts). Une large porte dotée d’un arc brisé a été percée dans le mur ouest, peut être au XIVe siècle (fig. 8). Ces trois phases sont illustrées par une succession de niveaux de sol en mortier et de niveaux d’occupation très organiques (fig. 9). La grande porte ogivale pourrait correspondre à une porte charretière à double vantaux, ce qui irait dans le sens d’une identification de ce bâtiment comme cellier. Il n’y avait aucun étage, ce qui exclut la présence de dortoirs, et pour l’heure aucun cloisonnement n’a pu être clairement identifié scindant le bâtiment en deux, comme c’est le cas dans de nombreuses abbayes cisterciennes, avec, d’un côté, les celliers et, de l’autre, le réfectoire des convers. Il pourrait s’agir d’un long cellier comme c’est le cas à l’abbaye du Thoronet, où le bâtiment des convers est déporté plus à l’ouest. L’hypothèse d’un réfectoire ou de cuisines n’est toutefois pas à écarter, le lavabo étant situé en face de l’extrémité sud du bâtiment.

Figure 8 : détail du parement interne du mur ouest du bâtiment des convers. On distingue très nettement l’arc brisé de la grande porte, vraisemblablement percée au XIVe siècle

Figure 9 : succession de niveaux de sols dans l’angle nord-est du bâtiment des convers

La grande porte ouest a été condamnée à la fin du XVe ou début du XVIe siècle par un massif soutenant un escalier desservant le nouveau logis de l’abbé commendataire. Ces appartements étaient délimités au sud par un mur de refend et un étage a été créé pour ces derniers. Le rez-de-chaussée conservait probablement une fonction de cellier. Un autre massif maçonné a été construit devant la porte nord-est du bâtiment, sans pour autant la condamner. Il pourrait s’agir de la fondation d’un escalier permettant à l’abbé d’accéder directement à l’église sans avoir à passer par l’extérieur.

Enfin, aux XIXe et XXe siècle, deux habitations sont aménagées dans la moitié nord de l’aile occidentale, réutilisant le mur de refend du logis de l’abbé comme séparation. Le bâtiment est puissamment remblayé et un niveau de pavage constitue le dernier niveau de sol identifié. La moitié sud du bâtiment, qui était visiblement déjà effondrée, est alors remplacée par une cour.

David JOUNEAU

Figure 1 : l’abbaye et le bourg de Mazan vus du nord-ouest

Commune: Mazan-l’Abbaye
Adresse / lieu-dit: L’Abbaye
Département / Canton : Ardèche (07)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 20/11/2012 au 16/05/2013

Période(s) concernée(s): Moyen-Age ; Epoque moderne

Raison de l’intervention:
Restauration

Responsable d’opération: David JOUNEAU
Suivi scientifique:
SRA Auvergne-Rhône-Alpes
Aménageur: Commune de Mazan-l’Abbaye

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