Narbonne, Saint-Hippolyte – La Coupe III (Aude, 11)

Mise au jour d’un site antique à Narbonne

La fouille de Narbonne La Coupe III fait suite à un diagnostic qui s’est déroulé en avril 2007 sous la responsabilité de T. Wibaut. La prescription portait sur la partie sud-est de ce diagnostic, occupée par des murs antiques certainement constitutifs d’un bâtiment ainsi que de fossés dont il restait à vérifier la contemporanéité. Notons également la présence de restes animaux au sein d’une fosse.
Une fouille était alors prescrite afin de préciser la datation des vestiges rencontrés, et notamment celle du bâtiment ainsi que sa fonction. Il était intéressant d’essayer aussi de confirmer ou d’infirmer la contemporanéité du bâtiment et des fossés repérés pendant le diagnostic.

La fouille a permis de repérer trois phases d’occupation. La première est antérieure à la période augustéenne et se matérialise par deux petits murs dans la partie sud-est de la parcelle, dont un est courbe, et d’une petite fosse et d’un niveau de circulation correspondant peut être à une pâture, limité à l’est par un fossé. Cela laisse imaginer la présence éventuelle d’un parcellaire antérieur à la période augustéenne. Ces vestiges ont été attribués à cette période car ils se trouvent sous les niveaux relatifs aux bâtiments et n’ont apparemment pas de rapport avec ces derniers.

La période augustéenne est représentée principalement par un bâtiment agricole d’environ 25 m de long pour 7 m de large, équivalent à une surface d’environ 175 m². Il est composé de deux espaces internes matérialisés par un mur de cloison au centre duquel devait se trouver une ouverture (la preuve en est la conservation d’un seuil) permettant de faire le lien entre les deux pièces. À l’image de deux bâtiments agricoles du Haut-Empire (sur les sites du Cenel à La Cavalerie (12) et de Cordenade à Salles-la-Source (12)), la petite pièce devait servir d’habitat pour l’exploitant tandis que la grande pièce devait être réservée aux animaux. Deux autres murs de la même période se développent au nord et peuvent être le témoin d’un bâtiment annexe ou bien d’un enclos. Si la fonction agricole est la plus probable pour ce bâtiment, celle d’une bergerie, en comparaison avec le plan de bergeries antiques telles que celles de Cordenade, de la Crau ou du Cenel, est séduisante. Ce bâtiment coexiste avec un fossé se développant à l’est de celui-ci. Il est parallèle au mur oriental du bâtiment et effectue un retour vers l’ouest à environ deux mètres au nord du bâtiment, ce qui permet de proposer la présence d’un parcellaire directement lié au bâtiment.

La période contemporaine fait état d’un fossé drainant se développant du nord-ouest vers le sud-est en changeant deux fois de direction. Une carcasse d’animal, déjà repérée au diagnostic, a fini d’être fouillée, ce qui a permis de préciser qu’il s’agit d’un équidé enterré-là au moins à la période moderne car la séparation des membres du reste du corps de l’animal avant de le mettre en terre est reconnu pour ladite période.

Les apports de la fouille sont multiples. Les fossés repérés durant le diagnostic ne correspondent pas tous à ceux qui ont été explorés durant la fouille. En effet, après un décapage extensif, il semble que certaines des structures identifiées au diagnostic comme des fossés correspondraient finalement à des lacunes dans le substrat, comblées par des colluvions. Néanmoins, les différents fossés observés en fouille – qu’ils soient augustéens ou antérieurs à cette période – pourraient être des limites de parcelles, selon l’hypothèse déjà suggérée lors du diagnostic pour les structures repérées pendant ce dernier. Cependant, l’orientation de ces fossés et du bâtiment, qui leur est en partie parallèle, ne s’insère dans aucun des cadastres reconnus à Narbonne.

Les couches archéologiques en correspondance avec le bâtiment, et surtout le dépotoir localisé au sud de celui-ci, nous ont permis de mieux le situer dans le temps et de le positionner entre la fin du Ier s. av. n. è. et le début du Ier s. apr. J.-C. Le mobilier trouvé dans les couches en relation avec les vestiges ayant pu fonctionner avec le bâtiment confirme cette datation. Le mobilier de cette période est présent aussi bien dans des couches d’occupation que dans des niveaux d’abandon. De plus, aucun mobilier postérieur à la moitié du Ier s. apr. J.-C. et antérieur à la période contemporaine n’a été trouvé. Il faut alors conclure que la durée d’occupation de ce bâtiment et des structures attenantes est relativement courte. La fouille a donc permis de découvrir la majeure partie, voire l’intégralité du bâtiment, comme la prescription le prévoyait, et de pouvoir ainsi proposer des hypothèses d’identification de ce dernier. Il est alors tentant de voir ici une bergerie, mais l’absence d’éléments similaires à ceux trouvés sur les sites de l’Aveyron et de la plaine de la Crau nous restreint à proposer l’étiquette de bâtiment agricole.

S. Mayoud

Narbonne, Saint-Hippolyte. Photo aérienne du site.

Narbonne, Saint-Hippolyte. Photo aérienne du site.

Commune: Narbonne
Adresse / lieu-dit: Saint-Hippolyte, La Coupe III
Canton / Département: Aude (11)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 08-09-2008 au 22-10-2008

Période(s) concernée(s): Antiquité, Moderne

Nature de l’intervention: Opération d’archéologie préventive dans le cadre de la construction d’une Pépinière d’entreprises

Surface: 2 771 m²

Responsable d’opération: S. Mayoud

Suivi scientifique: H. Marchesi (Drac-Sra Languedoc-Roussillon)

Aménageur: SEML SENA SUD

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