Pierrelatte, Le Moulin / rue du Chemin de Ronde, Drôme (26)

Le moulin de Pierrelatte

AU FIL DU TEMPS, AU FIL DU VENT
Un inventaire réalisé en 2005 répertorie seulement une cinquantaine de moulins à vent dans l’ancienne province du Dauphiné, la plupart ayant disparu aujourd’hui. Dans la Drôme, trois ont fait dernièrement l’objet d’une étude historique et archéologique : deux à Vassieux-en-Vercors et un à Donzère.

Le projet de restauration du moulin de Pierrelatte par la municipalité, avec le concours de l’association “Les ailes du moulin”, a conduit le Service Régional de l’Archéologie de Rhône-Alpes à prescrire une étude archéologique. Réalisée en mai 2011, elle a permis d’analyser les élévations conservées, de procéder à une fouille pour préciser le contexte d’implantation et de compléter les données historiques sur l’édifice.

UN MOULIN PAS SI BANAL…
Quatre états successifs de la construction ont été mis en évidence par l’analyse archéologique. L’étude documentaire a permis de les dater avec plus ou moins de précision. La construction initiale a été réalisée vers 1839 sur un terrain appartenant à Jean-François Pellegrin, boulanger.

Ce moulin revêt un caractère assez singulier avec sa situation en plaine et ses trois niveaux d’élévation. Le Rocher de Pierrelatte, dont proviennent sans doute les matériaux de construction, pourrait avoir joué un rôle dans l’implantation en contribuant à dévier le mistral. Les trois niveaux du moulin illustrent peut-être la volonté de développer la puissance de la machine en juchant les deux étages sur une salle basse excavée comme à Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche) ou à Saint-Mitre-les-Remparts (Bouches-du-Rhône). Cette dernière a pu également servir d’espace de stockage.

Le moulin offrait en outre un habitat occasionnel, comme le suggèrent la présence d’une cheminée, d’une armoire murale, éléments comparables à ceux du moulin de Beauvert à Donzère (26), et d’un système de récupération des eaux pluviales de la calotte vers le premier étage. Ces éléments de confort relatif furent agrémentés par l’installation, vers 1852, d’une pompe à eau au pied du moulin, dont la base fut largement remblayée. Ces travaux sont sans doute en lien avec le creusement d’un bras de canal passant aux abords immédiats de la construction.

UNE COURTE PÉRIODE D’UTILISATION
Malgré les moyens mis en œuvre pour sa réalisation, le moulin de Pierrelatte ne resta en activité que quelques dizaines d’années, entre 1839 et 1880. Les fils de Jean-François Pellegrin exercèrent également le métier de boulanger et sa fille épousa un meunier. Le moulin répondait donc de façon certaine aux besoins des activités professionnelles de la famille.

Deux générations plus tard, en 1872, le bâtiment fut donné par contrat de mariage à François Pommier, petit-fils par sa mère de Jean-François Pellegrin, qui exerçait l’activité d’ouvrier tanneur. Il n’y avait donc plus la nécessité d’entretenir un moulin, dont la mise hors-service est attestée en 1880. Il est alors porté à écurie sur la matrice cadastrale.

Le mécanisme et les meules furent probablement démontés. Cela entraîna la mise en place d’une couverture en appentis, la disparition de tous les aménagements intérieurs (cheminée, escalier, plancher supérieur) et, peut-être dans la foulée, l’installation de bâtiments accolés à la tour. Ceux-ci subsistèrent jusque dans les années 1990. Ce constat montre combien il est important de pouvoir intervenir sur le bâti, même relativement récent, tant les sources historiques sont parfois lacunaires.

P. Martin

Le moulin en cours de restauration Le moulin en cours de restauration

Commune: Pierrelatte
Adresse / lieu-dit: Le Moulin / rue du Chemin de Ronde
Canton / Département: Drôme (26)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 24/05 au 03/06/2011

Période(s) concernée(s): XIXe siècle

Nature de l’intervention: étude archéologique du bâti et sondages

Surface: 45 m²

Responsable d’opération: P. Martin

Suivi scientifique: J. Tardieu (Drac-Sra Rhône-Alpes)

Aménageur: Ville de Pierrelatte

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