Riom, Le Couriat, rue du Lot / Lycée du Bâtiment (Puy-de-Dôme, 63)

Une ferme gauloise en Limagne

Le site du Lycée du Bâtiment à Riom (Puy-de-Dôme) se situe en périphérie nord du bassin Clermontois. Les vestiges qui ont été mis au jour sur le site caractérisent, pour la plupart, une occupation d’époque protohistorique, matérialisée par la présence de structures en creux datées de la fin de l’âge du Fer. Cette occupation est localisée dans un secteur où l’organisation du territoire et du peuplement au IIe siècle av. J.-C. (La Tène C2 et D1) bénéficie de données bien moins nombreuses que pour le sud de la Limagne, où d’importants travaux de recherche ont permis la fouille de sites ruraux comme Le Pâtural ou le vaste habitat groupé d’Aulnat-Gandaillat.

Les structures mises au jour s’organisent au nord, à l’ouest et au sud autour d’un vaste espace central dénué de vestiges archéologiques. Elles ont rapidement révélé un agencement très cohérent et bien structuré dans l’espace. Un grand nombre d’alignements de trous de poteau, qui constituent la grande majorité des vestiges découverts, dessinent des plans de construction réguliers, identifiés pour plusieurs d’entre eux à des bâtiments sur poteaux plantés, d’un type abondamment documenté sur les sites contemporains. C’est notamment le cas d’un ou plusieurs grenier(s) surélevé(s) sur quatre poteaux porteurs, d’un bâtiment sur quatre poteaux, probablement doté d’une cloison extérieure non conservée, ainsi que d’un bâtiment sur dix poteaux, à support interne et faîtière porteuse.

Deux autres ensembles, plus complexes et plus spécifiques, ont également été reconnus sur la base de vastes alignements de trous de poteau. Ils se singularisent par leurs dimensions imposantes et pour l’un des deux, par sa complexité due à la présence de recoupements entre certaines structures, qui mettent en évidence deux à trois phases de constructions. En Auvergne comme ailleurs, ces ensembles ne trouvent aucun parallèle véritablement probant qui permette de préciser leur plan et leur fonction.

Aucun aménagement n’a pu être mis en évidence à l’intérieur des bâtiments, ni niveau de sol ni foyer. En l’absence de sols de circulation, il est vain de chercher à définir précisément la fonctionnalité de ces espaces. Les possibilités d’interprétation restent ouvertes : espaces de stockage ou de stabulation, bâtiments d’habitation, simples portiques ou structures de délimitation dont la nature exacte nous échappe. Le mobilier recueilli dans le fossé, à proximité des espaces bâtis, correspond à des rejets domestiques caractéristiques d’un habitat ; ce constat va de pair avec des vestiges propres à caractériser un établissement rural (habitat, unités domestiques, structures de stockage…). La principale différence avec d’autres sites de cette catégorie réside dans l’absence d’enclos fossoyé dans l’emprise fouillée. Dans l’hypothèse où le site se prolongerait au-delà de l’emprise de la fouille, cet enclos principal pourrait se situer plus loin, dans une zone encore inexplorée. Le nombre de bâtiments ou aménagements découverts sur le site évoque un cas de figure différent, bien connu notamment dans le département de l’Allier, où les fouilles ont mis au jour un certain nombre d’établissements ruraux laténiens ouverts caractérisés par l’absence d’enclos fossoyés.

Le mobilier découvert dans le comblement des structures permet rarement de préciser leur fonction primaire. Quelques carporestes mis en évidence dans certains trous de poteau viennent cependant, dans au moins un cas, confirmer la fonction de grenier pour un des bâtiments. Les restes fauniques attestent moins des pratiques d’élevage qu’une alimentation carnée fondée sur la triade domestique ovicaprinés, suidés et bovidés, mais aussi, sur la consommation du chien et du cheval. Ce lot correspond à des déchets de consommation classiques, liés à un habitat rural et retrouvés en position secondaire dans les structures en creux. Le mobilier céramique correspond, quant à lui, aux quantités généralement recueillies sur les sites à vocation agricole de Basse-Auvergne. L’ensemble, largement dominé par les céramiques indigènes, renvoie aux besoins domestiques d’une communauté restreinte. Les importations apparaissent plus modestes, mais sont relativement diversifiées (amphores, céramique à vernis noir, pichet catalan). En termes quantitatifs enfin, les petits mobiliers placent le gisement du Lycée du Bâtiment à Riom parmi les plus riches établissements ruraux fouillés à ce jour en Auvergne. Le quotidien des habitants et la sphère domestique sont bien documentés (mouture, gestion du foyer, travail des textiles). Une minorité d’objets évoque certaines manifestations à caractère plus ponctuel et vraisemblablement ostentatoire (banquet, transport, déposition de métal ou d’objets, utilisation de clous de construction).

Quelques indices ténus de fréquentation à des époques postérieures ont été mis en évidence, essentiellement dans la partie sud du site, à travers la présence de tessons piégés dans quelques structures en creux. Il s’agit d’un trou de poteau et d’une petite tranchée, datés de la période romaine (Ier siècle de notre ère), d’un fossé d’époque médiévale (XIIIe siècle), d’une fosse de fonction indéterminée, d’un trou de poteau et d’une structure d’ampleur et de nature diffuses, d’époque moderne voire contemporaine.

Le site du Lycée du Bâtiment à Riom semble pouvoir se définir comme un établissement rural ouvert, implanté au IIe s. av. J.-C. sur les marges septentrionales de la Limagne. S’il s’inscrit au sein d’un ensemble de sites à vocation essentiellement agricole, mis au jour dans le secteur du bassin Clermontois, ainsi qu’à une plus vaste échelle, dans les départements du Puy-de-Dôme et de l’Allier, ses particularismes viennent enrichir le dossier des occupations laténiennes dans ce secteur. En Auvergne, peu de plans de bâtiments sont à ce jour connus en milieu rural et le site de Riom, par la variété de ses aménagements architecturaux, ménage de nombreuses perspectives de recherche pour l’avenir.

A. Pranyiès

Cette fouille est présentée dans le documentaire de David Geoffroy (Court-Jus Productions) « Des Gaulois dans la plaine ».

Ensemble de trous de poteau alignés appartenant vraisemblablement à plusieurs bâtiments gaulois au plan indéterminés

Commune: Riom
Adresse / lieu-dit: Le Couriat, rue du Lot / Lycée du Bâtiment
Canton / Département: Puy-de-Dôme
Pays: France

Date de l’intervention:
du 18/02 au 07/04/2008

Période(s) concernée(s): Protohistoire, Âge du Fer, La Tène, Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne

Nature de l’intervention: Fouille préventive dans le cadre de la construction d’un Lycée

Responsable d’opération: A. Pranyies

Suivi scientifique: E. Nectoux, Sra/Drac Auvergne

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