Riorges, La Villette, Loire (42)

Le site archéologique de la Villette à Riorges

UN ÉTABLISSEMENT RURAL ANTIQUE
La fouille du site de Riorges « La Villette » vient enrichir la connaissance de l’environnement immédiat de l’agglomération antique de Roanne (Rodumna).
La prescription archéologique, motivée par les résultats du diagnostic réalisé par l’Inrap (Thévenin 2010), portait sur des vestiges laténiens et romains, caractérisés par l’emploi d’une architecture de terre et de bois. Ils ont été mis au jour sur un terrain présentant une pente douce en direction d’un cours d’eau actuel, l’Oudan, dont un paléochenal contemporain de l’occupation a pu être identifié. Le décapage extensif, la caractérisation du mobilier et la mise en évidence d’ensembles architecturaux ont permis de préciser la chronologie et les modalités d’occupation du site.

Hormis quelques témoins ponctuels d’une fréquentation des lieux au Néolithique Moyen, puis au Premier âge du Fer, la principale période d’occupation se développe entre le Ier s. av. J.-C. et le IIIe s. apr. J.-C. Au sein de cette période, trois phases ont pu être distinguées, à partir des datations fournies par le mobilier (céramique, terres cuites architecturales et quelques monnaies), confrontées aux réflexions sur l’organisation spatiale des structures archéologiques. Le site semble abandonné à la fin du IIIe s. apr. J.-C. Seul un puits, comblé au IVe siècle, atteste une présence anthropique à cette période. Il s’agit par ailleurs de l’unique structure maçonnée qu’a livré la fouille.

La première occupation structurée du site date de la fin de la période gauloise et du début de la période romaine (Phase 1). Un réseau fossoyé occupe alors la moitié nord de l’emprise de fouille, soumise aux débordements du cours d’eau. Si certains tracés évoquent des fossés d’enclos, la plupart sont voués au drainage des eaux, comme l’indique leur pendage en direction de l’Oudan. Plusieurs clôtures et/ou enclos, mis en œuvre à l’aide de poteaux de bois, ont également été rattachés à cette phase (ensembles 2, 4 et 5). Le Ier siècle (Phase 2) voit principalement l’édification du grand enclos central (ensemble 1), qui couvre une superficie d’environ 500 m² et présente une ouverture dans son angle nord-est pouvant être interprétée comme une entrée. Cet édifice est réaménagé au cours de la troisième phase d’occupation du site (IIe-IIIe siècles).

Une réfection de sa branche occidentale est alors effectuée, indiquant une dégradation plus importante à cet endroit. Ce constat est étayé par une profondeur plus importante des trous de poteau, couplée à un emploi massif de calages réalisés avec des tuiles et/ou des blocs. Ces différentes observations doivent être mises en relation avec la présence de plusieurs crues de l’ancien cours d’eau, ayant apparemment endommagé cette partie de l’enclos. Le deuxième événement marquant de cette phase est le comblement du grand fossé qui traverse l’emprise de fouille d’est en ouest (F.213). Reconnu sur une longueur de 88 m, il présente une profondeur conservée variant entre une dizaine de centimètres à l’ouest et environ 60 cm à l’est. Plusieurs recreusements ont pu être observés au centre du tracé reconnu ; ils peuvent à nouveau être mis en lien avec les débordements du chenal. Plus à l’est, une importante zone de concentration de mobilier a été repérée (tuiles, céramiques, poutres de bois carbonisées, clous en fer, plaques d’argile cuite).

La fouille a révélé la présence de tegulae et d’imbrices entières et encore en connexion. Les poutres brûlées et les nombreux clous évoquent, quant à eux, la présence d’une charpente. L’ensemble peut être considéré comme un porche établi au-dessus du fossé, dont la vocation demeure inconnue. Le mobilier récolté a pu être attribué au début du IIIe siècle. Enfin, le IVe siècle n’est attesté que par la présence d’un puits, dont la vidange a notamment livré quatre madriers appartenant à une entablure croisée, destinée à soutenir le parement du puits.

Notons que plusieurs structures et ensembles architecturaux n’ont pas livré assez de mobilier pour permettre une attribution à l’une ou l’autre des phases d’occupation du site. Ainsi, plusieurs systèmes de clôtures, deux greniers, une ancienne mare et un bâtiment dont la fonction reste indéterminée, ont été mis au jour. À l’intérieur de l’enclos, trois probables sépultures ont également été fouillées. Il s’agit vraisemblablement d’inhumations de nourrissons, matérialisées par la présence de deux imbrices superposées, l’une à l’endroit et l’autre à l’envers. Même si le sédiment n’a pas permis la conservation des ossements, l’hypothèse funéraire semble assurée par les éléments de comparaison connus pour l’Antiquité (Blaizot et al 2003).

QUELLES HYPOTHÈSES FONCTIONNELLES POUR LE SITE DE « LA VILLETTE » ?
La moitié sud du site semble occupée de manière continue, tandis qu’au nord la plupart des fossés ne sont plus entretenus au-delà du Ier siècle de notre ère. La nature des vestiges (enclos, systèmes de clôtures, fossés) évoquent un établissement agricole, c’est-à-dire voué à l’agriculture et/ou à l’élevage. Seuls trois bâtiments ont été reconnus, pour lesquels une fonction d’habitat peut être écartée en regard de leurs superficies très retreintes et de leurs plans. Le mobilier récolté sur le site appartient cependant à la sphère domestique (faciès céramique, meules rotatives, présence de scories évoquant une petite activité métallurgique), et sa répartition révèle une nette concentration dans le quart sud-est du site, contre la limite de fouille. Si aucune structure d’habitat n’a été reconnue sur le site, il ne semble donc pas exclu que celle-ci se trouve à proximité.

L’occupation de Riorges correspond à un type d’exploitation rurale caractérisée par l’emploi d’une architecture de terre et bois, la présence récurrente de fossés, clôtures et enclos. L’artisanat métallurgique y est fréquemment attesté et le cadre chronologique souvent identique à celui de « La Villette ».

Ces établissements, qui ont bénéficié d’un intérêt de la recherche depuis quelques décennies, ne sont pas automatiquement localisés à proximité d’une villa, et pourraient donc fonctionner indépendamment. À proximité de Riorges, plusieurs autres sites – apparemment du même type – ont été repérés lors de diagnostics. On peut s’interroger sur leurs liens avec la villa de Mably (Loire), située à quelques kilomètres de là, ou encore avec l’agglomération de Roanne. Ces questions restent en suspens, l’état actuel de la documentation ne nous permettant pas de déterminer si ces petits établissements ruraux sont indépendants ou fonctionnent en rapport avec des acteurs détenant d’importants domaines fonciers.

F. Granier

L’enclos central en cours de fouille (cliché : F. Granier)

Commune: Riorges
Adresse / lieu-dit: La Villette
Canton / Département: Loire (42)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 04/04 au 07/06/2011

Période(s) concernée(s): La Tène finale, Antiquité

Surface: 5 500 m²

Responsable d’opération: F. Granier

Suivi scientifique: M. Lenoble (Drac-Sra Rhône-Alpes)

Aménageur: EIRENEA

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