Saint-Rémy-de-Blot, « Château Rocher » Logis nord (Puy-de-Dôme, 63)

Le Château-Rocher de Saint-Rémy-de-Blot

Le site de Château Rocher prend place sur un éperon rocheux qui domine le versant oriental de la haute vallée de la Sioule, dans le massif des Combrailles, au nord-ouest du département du Puy-de-Dôme.
La construction du château est attribuée à Archambaud le Fort, sire de Bourbon, à la fin du XIe siècle, qui l’aurait constitué en fief pour un de ses fils cadets, Pierre de Blot.

L’édifice, entouré par deux enceintes concentriques, est composé de deux corps de bâtiments : celui du nord, encadré par quatre tours circulaires, est traditionnellement daté du début du XIIIe siècle, date à laquelle le site aurait servi de tête de pont pour l’expansion territoriale de Philippe-Auguste en Auvergne. La partie sud, de plan rectangulaire simple, est plus récente puisqu’elle date probablement du XIVe ou du début du XVe siècle. Le château est abandonné à la fin du XIXe siècle, puis est classé au titre des monuments historiques en 1913. Au cours des années 1960-1980, le site est nettoyé, dégagé et très restauré par les équipes de jeunes bénévoles de l’association « Château Rocher ».

L’ampleur de ces restaurations et l’absence de documentation les concernant donnent aujourd’hui une vision déformée des dispositions initiales de l’édifice. Une première intervention archéologique, menée par l’Afan, est entreprise en 1995, parallèlement à la reprise en main du dossier des restaurations par les services des monuments historiques.

La présente étude s’inscrit dans le cadre de la poursuite de ces restaurations. Le remontage d’une partie de la voûte des salles inférieures du logis nord a entraîné en 2006 l’excavation de l’angle nord-est du château et la mise au jour de structures bâties dont la présence remettait en cause les projets de restaurations. Il s’agissait donc de saisir la chronologie et la nature des aménagements architecturaux de cette partie du site afin d’éclairer les projets de restauration à venir.

Par ailleurs cette opération a été l’occasion de dresser un bilan de la documentation photographique de l’association « Château Rocher », afin de faire le point sur les restaurations anciennes du château. Les observations sur le bâti et la réalisation de trois sondages au sol ont permis de mieux saisir les phases successives d’aménagement du château dans l’angle nord-est du bâtiment et de les inscrire dans la chronologie générale du site. Les aménagements les plus anciens, qui remontent peut-être à la fin du XIe siècle ou au XIIe siècle, concernent la construction des murs de courtine est et nord. D’après les observations effectuées sur le bâti, ces maçonneries peuvent être rattachées à un pan de mur situé à l’ouest, aujourd’hui englobé dans des maçonneries plus récentes, et doté d’angles arrondis formant deux retours vers l’est à ses extrémités nord et sud.

L’ensemble appartiendrait à un bâtiment quadrangulaire à angles arrondis, d’environ 17,5 m de long par 9 m de large et 15 m de haut, organisé sur trois niveaux. Le niveau intermédiaire conserve encore une cheminée romane de plan arrondi. Deux murs anciens repérés dans le secteur étudié pourraient former des divisions verticales de ce premier bâtiment. L’ensemble s’inscrit assez bien dans la typologie des donjons des XIe/XIIe siècles, et il faut peut-être y voir les vestiges de la forteresse primitive bâtie par Archambaud le Fort. Dans une seconde campagne de construction, les murs des parties basses de ce bâtiment sont doublés par des contre-murs qui délimitent une pièce voûtée en berceau, qui s’étend vers le sud. La construction du mur de refend est-ouest situé à l’étage supérieur est attribuable à la même phase, puisque ses fondations reposent sur les reins de la voûte en berceau L’ensemble de ces réaménagements s’inscrit sans doute dans une campagne générale de fortification du site au cours de laquelle le château est étendu vers le sud et flanqué de nouveaux ouvrages défensifs (tours circulaires talutées, murs de courtine). La typologie « philippienne » de ces fortifications permet de les placer au cours du XIIIe siècle, pendant ou après la conquête de l’Auvergne par Philippe Auguste.

Une troisième phase d’aménagement est caractérisée par la création d’une cage d’escalier à l’angle nord-ouest de cette pièce, qui offre un nouvel accès à l’étage supérieur. Lors de ces travaux, les maçonneries de l’angle nord-ouest de la pièce sont arasées pour créer un niveau de circulation, et un nouveau mur est édifié afin de délimiter la cage d’escalier au sud. Les parois ouest et nord de la cage d’escalier réutilisent les maçonneries existantes qui sont réaménagées.

À l’étage supérieur, on installe un sol de tomettes sur des niveaux de remblai soutenu par les murs latéraux de la cage d’escalier. La construction d’un pilier de section quadrangulaire au centre de la partie nord de la pièce détermine une sixième phase de constructions.

Les dimensions imposantes de cette structure et son emplacement, à l’aplomb du mur de refend de l’étage supérieur, laissent présumer qu’il s’agit d’une maçonnerie destinée à renforcer ce mur, probablement fragilisé par l’effondrement d’une partie de la voûte. Enfin, la dernière phase de construction concerne les restaurations menées depuis les années 1960 par l’association « Château Rocher » puis par les monuments historiques.

M. Dupuis

Saint-Rémy-de-Blot. Vue de la façade sud du château. Saint-Rémy-de-Blot. Vue de la façade sud du château.

Commune: Saint-Rémy-de-Blot
Adresse / lieu-dit: « Château Rocher » Logis nord
Canton / Département: Puy-de-Dôme (63)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 20/10 au 07/11/2008

Période(s) concernée(s): Moyen Âge Central, bas Moyen Âge, Époque Moderne, Époque Contemporaine

Nature de l’intervention: Opération d’archéologie préventive dans le cadre du projet de restauration du logis nord

Responsable d’opération: M. Dupuis

Suivi scientifique: É. Nectoux (Drac-Sra Auvergne)

Aménageur: Communauté de communes du pays de Menat

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