Vienne, Théâtre antique, rue du Cirque (Isère, 38)

Opération sur le théâtre antique de Vienne

Le projet d’assainissement du théâtre antique de Vienne, classé Monument Historique, a motivé une fouille archéologique prescrite par l’État (par l’intermédiaire du Service Régional de l’Archéologie Rhône-Alpes), laquelle a été réalisée au cours du mois de mars 2009 par la société Archeodunum.
L’objectif de cette opération était de surveiller les travaux d’installation d’une canalisation entre la partie sud du collecteur antique, localisé dans le théâtre, et la montée Saint-Marcel, via la rue du Cirque.
Malgré l’exiguïté de la tranchée et la présence de réseaux contemporains, un ensemble de vestiges gallo-romains appartenant à plusieurs phases de construction a été mis au jour.

LES ÉLÉMENTS DU THÉÂTRE ET DES VESTIGES ANTÉRIEURS À SA CONSTRUCTION
Le premier état rassemble deux structures antérieures à la mise en place du théâtre visible actuellement. Il s’agit tout d’abord d’une maçonnerie localisée dans la partie méridionale de la fosse de scène, sur laquelle repose l’une des bases de pilier supportant le plancher de la scène. Ses caractéristiques dirigent son interprétation vers une construction antérieure au théâtre qui pourrait correspondre à un premier édifice de spectacle. D’après les recherches récentes, la mise en place du théâtre visible actuellement est placée au début du règne de l’empereur Claude (années 40 apr. J.-C.), et il serait surprenant qu’une ville comme Vienne n’ait pas été dotée de ce type de monument avant cette période.

Le second vestige, mis au jour dans la rue du Cirque, appartient également à une phase antérieure. Il correspond à un mur très large qui semble suivre la courbe du flanc de la colline de Pipet. Il pourrait donc s’agir d’un mur de soutènement qui supporterait une terrasse probablement liée à la construction de ce premier édifice. Si cette hypothèse paraît très séduisante, rien ne permet à l’heure actuelle de la corroborer, ni de l’infirmer.

Le second état correspond à la construction du théâtre proprement dit avec, en premier lieu, les fondations puissantes du bâtiment de scène qui se partagent en deux parties principales de part et d’autre de la fosse de scène. Si la première est localisée à l’ouest du théâtre, contre la rue du Cirque, la seconde est juxtaposée à l’ouest de l’égout nord-sud. Les parements de ces deux fondations forment l’hyposcaenium au milieu duquel une maçonnerie rectangulaire constituait l’une des bases de pilier supportant le plancher de la scène. D’autre part, le mur du portique postscaenium adossé à l’ouest du bâtiment de scène a été localisé dans la rue du Cirque. Son mauvais état de conservation ne permet pas de connaître sa largeur, ni sa relation avec les structures de l’esplanade située à l’ouest, d’autant plus qu’il existe un fort abaissement de terrain à cet emplacement. Concernant la datation, un remblai lié à la construction du mur du portique a livré un lot de céramiques, permettant de fournir une datation milieu du Ier s. apr. J.-C. Cet élément chronologique semble joindre ainsi la datation claudienne proposée pour la construction de l’édifice.

Le dernier élément correspond à la fondation du mur méridional de l’enceinte du monument découvert dans la rue du Cirque. Au sud de ce mur, un ensemble de vestiges reste indéterminé dans la mesure où il a été partiellement détruit par les réseaux contemporains. Localisés aux abords sud du théâtre, ils peuvent correspondre à des accès du monument.

L’ABANDON DU THÉÂTRE DURANT L’ANTIQUITÉ TARDIVE
La fouille de la fosse de scène a permis de mettre au jour une série de remblais qui ont livré des lots de mobilier très riches datés de l’Antiquité Tardive. Cette richesse avait déjà été repérée lors du dégagement du théâtre par J. Formigé dans les années 1930. Le comblement est constitué par deux ensembles principaux de mobiliers.

Le premier correspond à des éléments d’habillage du théâtre : fûts et tambours de colonnes, plaquages de marbre, éléments du pulpitum, fragments de bas-relief, éléments de tuyauterie, etc. Cependant certaines pièces, comme une inscription (ex voto), évoquent une origine différente. Il semble ainsi que des éléments appartenant à d’autres monuments périphériques ont été rapportés dans l’enceinte du théâtre : ces pierres étaient probablement destinées à alimenter les fours à chaux attestés dans le secteur. En effet, les principaux monuments publics du Haut-Empire (Ier-IIIe s. apr. J.-C.) ont fait l’objet de démontages pour alimenter les nouvelles constructions de l’Antiquité Tardive. Le second ensemble correspond plutôt à un dépotoir domestique caractérisé par une grande variété de mobiliers : vaisselles en céramique, en verre et métal, amphores, objets divers, monnaies, faune et restes de construction (tuiles, briques, tubuli, etc).

L’expertise de ce matériel place le comblement final de la fosse à la fin du IIIe s. ou au début du siècle suivant, date à laquelle Vienne devient capitale administrative et épiscopale, ainsi que résidence temporaire de certains empereurs. Ces niveaux sont scellés par un remblai dont la chronologie est à placer au cours du Ve s.

En résumé, cette opération archéologique a permis non seulement de confirmer mais également de compléter le plan du théâtre avec, chose rare, quelques éléments de datation. Par ailleurs, des vestiges antérieurs à la construction du monument pourraient se rapporter à un premier édifice de spectacle.

T. Silvino

Vienne, théâtre antique. Tranchée localisée dans l'enceinte du théâtre antique avec au second plan la fosse de scène comblée durant l'Antiquité tardive. Vienne, théâtre antique. Tranchée localisée dans l’enceinte du théâtre antique avec au second plan la fosse de scène comblée durant l’Antiquité tardive.

Commune: Vienne
Adresse / lieu-dit: Théâtre antique, rue du Cirque
Canton / Département: Isère (38)
Pays: France

Date de l’intervention:
du 03/03 au 19/03/2009

Période(s) concernée(s): Antiquité

Nature de l’intervention: Travaux sur Monument Historique (réseau d’assainissement du théâtre)

Responsable d’opération: T. Silvino

Aménageur: DRAC Rhône-Alpes – Conservation régionale des monuments historiques

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